Techcrunch nous apprend qu’un nombre significatif de brillants employés de Google quitte la société pour aller chez Facebook. Voilà qui paraît étonnant dans la mesure où Google est actuellement à la fois la marque la plus attirante au monde et l’entreprise la plus appréciée des ingénieurs. Être employé chez Google constitue ainsi la garantie de travailler avec des gens brillants (1 profil sur 3500 est retenu !) et de devenir riche (1 employé de Google sur 20 est aujourd’hui multimillionaire).
Seulement, voilà : avec 22 000 employés, Google n’a plus rien de la startup de ses débuts et ne parvient plus à générer l’enthousiasme chez certains de ses salariés. La force d’une startup réside en effet dans le fait de rendre visible la contribution de chacun. Même en allouant un espace de liberté à chacun de ses salariés (les fameux « 20% » qui permettent -en théorie- à chaque salarié de Google de se consacrer à des projets personnels innovants), l’inertie organisationnelle finit par prendre le dessus et à tuer l’initiative.
Au fond, cet aspect est résolument positif : ni la qualité du restaurant d’entreprise (celui de Google est réputé être l’un des meilleurs au monde), ni le fait de travailler dans un environnement favorable (grands bureaux, matériel dernier cri, salles de détente), ni même l’appât du gain ne suffisent à retenir les meilleurs élements. A ceux-ci, il faut des challenges quotidiens qui donnent le sentiment de « changer le monde » ou, à tout le moins, de faire progresser concrètement l’entreprise par leur action.
L’avantage concurrentiel des startups trouve ainsi sa limite dans le nombre de salariés : de l’aveu même des dirigeants de Google, leur entreprise est devenue moins intéressante le jour où ils ont été incapables de connaître personnellement chaque employé. Pour ces raisons, la taille idéale d’une startup est comprise à notre sens entre 10 et 100 salariés. Au-delà, mieux vaut travailler en réseau avec plusieurs autres startups afin de conserver à chacune la motivation des équipes en interne tout en ayant la capacité à attaquer des marchés plus larges.
Google a cependant fait sien ce mode de fonctionnement en s’orientant désormais vers l’acquisition de startups prometteuses capables de développer rapidement des produits et services que le « paquebot Google » n’est plus capable de produire en interne, ou encore en offrant des sommes importantes à la communauté des développeurs indépendants pour développer de nouveaux services (10 M$ pour sa plate-forme mobile Android). Toutefois, même cette approche a ses limites : certains dirigeants de startup nous ont affirmé avoir calculé que le différentiel de productivité de leurs équipes avant et après le rachat par une grande entreprise est de 1 pour 13 !
L’entreprise de demain consiste ainsi peut-être en un réseau diffus et décentralisé de startups n’ayant pas atteint une taille critique préjudiciable à l’innovation. Vous trouverez quelques exemples de ces « entreprises 2.0″ dans ce billet que nous avons publié voici quelques jours.